LA BASTIDE DE PLAISANCE DU GERS AU XIXE SIECLE
CROISSANCE ET APOGEE DU BOURG-MARCHE                     (télécharger)
Vers 1780-1880
Par Alain LAGORS
Professeur d'histoire, membre de la Société Archéologique et historique du Gers et Plaisantin
La confrontation des plans de la commune de Plaisance de l'An XI et de 1883 fait apparaître la forte
extension urbaine de ce chef-lieu de canton gersois au cours du XIXe siècle. Cette ré-urbanisation de
la bastide qui a gardé jusqu'à la fin de l'Ancien Régime les traces topographiques du semi-échec de
sa fondation s'est accompagnée, pendant la plus grande partie du XIX siècle, d'un renforcement de
ses fonctions de bourg-marché dans les campagnes de Rivière-Basse. De plus, elle a donné
naissance à un espace urbain original, se structurant le long des routes nouvellement construites,
mais s'organisant surtout autour de deux places à arcades. Plaisance devient vers 1850 l'une des très
rares bastides de la Gascogne gersoise à deux places à embans : la place Vieille, pivot du noyau
ancien, la place Nouvelle, autour de laquelle s'organise le nouveau faubourg en construction.
Peu de bastides ont connu au cours du XIX siècle de tels aménagements et une telle mutation de leur
espace urbain. Notre étude nous conduira à aborder, en premier lieu, le problème des origines de
cette croissance, puis nous détaillerons les principales étapes de l'évolution urbaine que connaît notre
bastide au cours du XIX siècle.
A. - AUX ORIGINES DE LA CROISSANCE URBAINE
L'EXPANSION DÉMOGRAPHIQUE ET LA PROSPÉRITÉ DE PLAISANCE
En 1861, F-J Bourdeau écrit au sujet de Plaisance : " elle a cessé de se ressentir de ses cruels
désastres et s'est placée même au rang de nos cités secondaires les plus belles et les plus
florissantes ".
1. - L'EXPANSION DÉMOGRAPHIQUE
VERS UN BOURG-MARCHÉ DE PLUS DE 2000 HABITANTS À LA FIN DU SECOND EMPIRE
1) - L'évolution de la population
Chef-lieu de canton de 1105 habitants en 1791, Plaisance connaît de la fin du XVIIIe siècle au début
de la IIIe République une longue croissance démographique qui lui permet d'atteindre les 2103
habitants en 1886. Le seuil des 2000 habitants est franchi dès 1867. Comparativement aux autres
chefs-lieux de canton et bourgs de l'ouest gersois et de la Rivière-Basse haut-pyrénéenne,
l'accroissement de la population plaisantine est l'une des plus longues et des plus vigoureuses
(augmentation de 70% entre l'An XI en 1886). Seules Riscle, qui passe à la même période de 1150 à
1860 habitants (hausse de 62%) et Maubourguet dont la population croît de 1677 habitants en 1806 à
2747 habitants en 1861 (soit un gain de 63%) ont une croissance comparable. Le dynamisme
démographique des chefs-lieux de canton de la vallée contraste avec la faible hausse et le déclin
précoce de la population des bourgs-marchés des coteaux. Aignan qui atteint son apogée
démographique en 1870 avec 1700 habitants, n'a gagné que 19% depuis l'An XI ; Castelnau qui
connaît aussi une croissance modérée (27%) dans la première moitié du XIXe siècle s'effondre
ensuite à partir de 1851; gros bourg de 1500 âmes dès le début du XIXe siècle, Marciac avec ses
34% d'augmentation de population au cours du siècle, n'arrive pas à franchir le seuil des 2000
habitants en 1886. La bastide de Beaumarchès, limitrophe de Plaisance, chef-lieu de canton à
l'époque révolutionnaire, annexée au canton de Plaisance en 1804, connaît à partir de 1830 une
dépopulation " galopante ". Amputée à cette date de la section de Paris (Couloumé) - qui est rattachée
à Mondébat pour former la commune de Couloumé-Mondébat- mais aussi située à l'écart des grandes
routes de la vallée, elle subit alors la concurrence de sa rivale, Plaisance, beaucoup mieux placée, et
perd en cinquante ans la moitié de ses habitants.
Avec respectivement 2747 habitants et 2038 habitants sous le Second Empire, Maubourguet et
Plaisance occupent le sommet du réseau des places centrales de rang secondaire du pays du moyen
Adour.
2) - Une longue croissance mais deux phases
A la hausse très rapide de la population plaisantine dans la première moitié du siècle (augmentation
de 51 % entre l'An XI et 1850), succède la croissance lente de la période 1850-1886. Le gain de
population ne s'élève qu'à 13% mais reste toutefois supérieur à celui de Riscle (7% de hausse pour la
même période) et surtout de Maubourguet qui connaît, dès 1861, une baisse de population. En 1886,
Plaisance atteint son apogée démographique : s'amorce alors une dépopulation rapide -perte de 625
habitants jusqu'en 1914- indicateur de la profonde crise du bourg à la Belle Epoque.
3) - Les facteurs de la croissance : solde migratoire et solde naturel
La hausse vigoureuse de la population dans la première moitié du siècle a une double origine : un fort
solde naturel (+ 355) et un important solde migratoire + 265). A partir de 1830, toutefois le solde
naturel s'essouffle (+73 entre 1830 et 1850). Cette stagnation est compensée par une augmentation
du solde migratoire (+ 235). La modeste croissance démographique de la période 1850-1886
s'explique par :
• un effondrement du solde naturel qui devient même négatif (-281). Il est lié à une baisse de la
natalité et une remontée de la mortalité.
• un " boom " du solde migratoire (+ 522), indicateur de la vitalité de Plaisance durant ces décennies,
vient effacer le déficit naturel et contribuer à la croissance modérée de la population plaisantine du
Second Empire aux premières années de la IIIe République.
4) - Un bourg-marché de la vallée très attractif
L'étude des 710 conjoints, mariés à Plaisance entre 1800 et 1899, y résidant au moment de leur
union, mais nés à l'extérieur, permet d'avoir quelques données sur l'immigration plaisantine au XIX,
siècle.
a) - Des immigrés originaires surtout des pays du Moyen-Adour
Fortifiée au cours du XIX' siècle par la construction des routes la situation carrefour du canton de
Plaisance entre Armagnac, Béarn, Bigorre et Pays Landais explique la grande diversité des immigrés
qui s'installent dans la bastide au cours du XIX, siècle. A la grosse majorité des Gersois (59,2%),
s'ajoute un pourcentage non négligeable de HautsPyrénéens (16,6%). Les Béarnais, originaires du
pays du Vic-Bilh, moins nombreux (8,4%) dominent les immigrés originaires des départements
éloignés (5,9%), les Espagnols arrivés à l'époque napoléonienne et dans les années 1860-1880, ainsi
que les Landais (2,8%) établis surtout sous la IIIe République.
b) - Des immigrés venus en grand nombre des coteaux
A l'échelle du canton de Plaisance, les trois communes des coteaux Beaumarchès, Lasserrade et
Couloumé-Mondébat - fournissent la moitié des immigrés plaisantins en provenance du canton
(hommes 54%, femmes 55%). Ajoutés à ceux des cantons des côtes -Aignan, Montesquiou, Marciac),
Castelnau-, ils forment au total le gros contingent de l'immigration plaisantine au XIXe siècle,
représentant les deux tiers des immigrés proches, établis à Plaisance. Ce pourcentage augmente à
69% pour les hommes et 65% pour les femmes, si on y inclut l'immigration en provenance du pays du
Vic-Bilh (canton de Lembeye et Garlin). Les villages de la vallée ont alimenté un flux migratoire
modeste : es sept communes riveraines de l'Adour du canton de Plaisance n'ont fourni que 19% des
immigrés du canton. Riscle et Maubourguet arrivent en dernière position dans la hiérarchie des
cantons limitrophes ayant fourni des immigrés à la bastide.
Cette étude des micro-flux migratoires à l'échelon des pays de la Basse vallée de l'Arros et de la
Rivière-Basse révèle les contrastes entre a vallée, espace attractif, lieu d'échanges, d'activités, de
modernité et es coteaux, espaces de départ, car situés à l'écart des axes de transports et dans des
espaces mal polarisés par des places centrales peu dynamiques. De plus, elle permet de délimiter
l'aire d'influence du bourg-marché plaisantin, bien ancré sur la basse vallée de l'Arros, mordant plus
sur les coteaux de l'ouest gersois que sur les communes riveraines de l'Adour et d'un rayon d'environ
quinze kilomètres.
d) - Le Second Empire, âge d'or de l'immigration à Plaisance
Les immigrés établis au cours du Second Empire constituent, à eux seuls, près du tiers (29%) des 710
nouveaux Plaisantins. Les deux premières décennies de la III, République et de la Monarchie de
Juillet ont fourni les autres forts contingents d'immigrés, soit respectivement 23,6% et 19% du total.
C'est donc bien l'immigration qui a soutenu la croissance du bourg dans la seconde moitié du siècle,
jusqu'en 1886, son effondrement à partir de 1890 (6,8% des immigrés recensés) témoignant de la
profonde crise de Plaisance à la Belle Epoque.
e) - Beaucoup d'artisans et de servantes
L'immigration est avant tout artisanale. Les artisans représentent près des deux tiers (62%) des 131
professions recensées, suivis des métiers de la terre (28%) -cultivateurs et surtout domestiques- et les
commerçants (8%). L'importance des aménagements urbains sous la Monarchie de Juillet et le
Second Empire explique le poids des métiers du bâtiment (28% du total des artisans implantés). Les
professions liées aux transports (charrons, maréchaux-ferrants, rouliers ...) sont aussi abondamment
représentées, vu l'importance de la circulation sur la grande route des Pyrénées et des fonctions
commerciales du bourg-marché (12% de l'immigration masculine). La petite ville des minoteries attire
aussi des villages voisins mais parfois d'assez loin un grand nombre de garçons meuniers mais aussi
certains spécialistes de la meunerie (charpentiers d'usine, rhabilleurs et piqueteurs de meules).
L'immigration a renforcé considérablement le tissu artisanal et industriel du chef-lieu de canton au
cours du XIX, et a contribué à fortifier ses fonctions. La campagne est la grande pourvoyeuse de la
domesticité féminine pendant tout le siècle. Les servantes constituent, en effet, la quasi-totalité de
l'immigration féminine, mais dans la seconde moitié du siècle, surtout à la fin du Second Empire, on
voit apparaître les couturières à domicile, toujours de plus en plus nombreuses. Notons aussi l'arrivée
dans les années de crise d'un prolétariat rural, employé par les ateliers de charité du Bureau de
bienfaisance de Plaisance dans la construction de routes et aménagements urbains (foirail) mais
aussi dans l'exploitation des carrières de pierre du canton.
2) - " UN CHEF LIEU DE CANTON FLORISSANT " (Bourdeau, 1861)
La prospérité de Plaisance au XIXe siècle résulte de la convergence de plusieurs facteurs évoqués en
quelques lignes dans une délibération communale de février 1873 : " Notre ville, située non loin de la
gare du chemin de fer à Castelnau-Rivière -Basse, sur la route qui y conduit, devient par sa situation
comme par son industrie, grâce aux nombreuses usines qui ont été créées un centre commercial
important. Les négociants étrangers, attirés par la facilité des communications, par les nombreuses
productions du pays commencent à venir s'approvisionner chez nous ". Le développement du bourgmarché
de Plaisance correspond donc bien au schéma classique : axes = débouchés = croissance.
Mais d'autres facteurs contribuent à fortifier l'expansion économique de Plaisance au XIXe.
1) - Une situation favorable dans une grande vallée quadrillée de routes et desservie dès 1859
par la première voie ferrée de la Gascogne (Morcenx- Tarbes).
Le désenclavement de la basse vallée de l'Arros est le facteur fondamental de la prospérité de
Plaisance et de ses campagnes environnantes au cours du XIXe siècle. L'ouverture des cantons du
Moyen-Adour s est faite en trois étapes :
Dès la fin du XVIII' siècle, la construction de la grande route de Bordeaux aux Pyrénées place
Plaisance sur l'un des grands axes du piémont pyrénéen. Venant d'Aire, elle file droit vers le sud,
longeant les rives droites de l'Adour et de l'Arros jusqu'à Lasserrade. Là, elle se divise en deux
branches, l'une piquant vers Marciac, l'autre bifurquant vers l'ouest, traversant l'Arros puis la place de
Plaisance pour ressortir « darré »la bastide et prendre une direction Nord-Sud via Ladevèze,
Maubourguet et Tarbes. Construite entre 1777 et 1782 par le moyen de la corvée, la grande route des
Pyrénées, au tracé en baïonnette dans la commune de Plaisance, désenclave dès la fin du XVIIIe
siècle la Rivière-Basse et assure la prospérité de ses bourgs et de ses campagnes, en activant leurs
relations avec la montagne toute proche. Cet axe routier, devenu grande route royale d'Aire à Tarbes
jusqu'en 1830, puis routes départementales n°3 et n'14 concentre jusqu'en 1860 les principaux flux de
circulation basse vallée de l'Arros -Pyrénées. Sous la Monarchie de Juillet, elle est parcourue par un «
courrier de dépêches publiques, une diligence -parfois des pyrénéistes - mais surtout par un roulage
ordinaire très considérable... ». A la fin du XVIIIe siècle, la route royale de Nogaro qui relie la basse
vallée de l'Arros au Bas-Armagnac s'embranche sur cet axe, au pied de la côte de Termes.
La Monarchie de Juillet, si pourvoyeuse de routes, fait de Plaisance l'un des carrefours des pays du
Moyen-Adour. La création de nouveaux axes de communication est l'une des grandes préoccupations
des édiles de Plaisance à partir de 1830, qui désirent greffer sur la grande route des Pyrénées une
transversale Est-Ouest en direction de la Ténarèze et du Béarn.
En 1837, est ouverte à l'ouest de la bastide la route de Préchac tronçon du chemin de grande
communication n°36 qui, par Castelnau, Viella et Conchez, relie Plaisance au Béarn. Le tracé très
rectiligne de ce nouvel axe routier dans la commune de Plaisance entaille un réseau de chemins
vicinaux très dense, tortueux et en mauvais état qui constitue, pendant tout le premier tiers du XIXe
siècle, un obstacle aux relations des villages riverains de l'Adour avec leur chef-lieu de canton. La
création en 1840 d'un second chemin de grande communication (n°17) vers Vic-Fezensac,appelé
aussi chemin des Coustons, par Lasserrade, Mondébat, Lupiac et Belmont lui ouvre le commerce de
la Ténarèze.
Les relations de Plaisance avec les villages peuplés de la rive droite de l'Adour sont activées à partir
de 1852 par la création d'un nouveau chemin de grande communication (n°73bis) qui prend naissance
sur la route de Préchac, à l'ouest du faubourg de l'église en construction, pour filer droit vers Belloc et
rejoindre ici le chemin de grande communication de Termes à Labatut (n°73).
L'ouverture en 1859 de la première voie ferrée de la Gascogne Morcenx-Tarbes modifie le système
d'échange de Plaisance et de la basse vallée de l'Arros. La route de Castelnau -tronçon du chemin de
grande communication vers le Béarn-reliant la bastide à la nouvelle gare du chef-lieu de canton haut
pyrénéen prend alors une importance considérable. La gare, débouché économique de Plaisance à
partir de 1860, profite plus à celle-ci qu'à Castelnau qui périclite dans la seconde moitié du siècle. La
route de Préchac devient la route des rouliers de la bastide, transportant à la gare, toute proche et
facile d'accès, les cargaisons de farine et de tonneaux provenant des minoteries et des caves de
marchands de vins de Plaisance et de Préchac. De plus, elle la rattache à la grande route impériale
de Riscle à Bagnères de Bigorre, ouverte sous le Second Empire, qui double sur la rive gauche de
l'Adour la voie ferrée entre Maubourguet et Riscle, concurrençant alors, la vieille route de Bordeaux
aux Pyrénées, passant au coeur de Plaisance.
2) - Une domination sur une bastide rivale (Beaumarchès) et sur les campagnes de la basse
vallée de l'Arros, assurée par ses nouvellesfonctions de chef-lieu de canton
La réorganisation administrative de la France sous la Révolution se traduit sur le plan local par une
rivalité des deux bastides limitrophes, Beaumarchès et Plaisance, pour le siège de chef-lieu de
canton.
Un premier découpage District en cantons attribue à Plaisance le siège de chef-lieu de canton, au
détriment de Beaumarchès qui se voit dépendre administrativement de la " ville des Pahlassôts ". La
promotion administrative de Plaisance est, non seulement due à sa situation favorable dés la fin du
XVIIIe siècle sur la grande route des Pyrénées, mais certainement aussi, à la bienveillance de deux
de ses enfants -Jean Jacques de Latterade et Henri Saint-Pierre Lesperet, élus de la Nation en 1789
et 1790 - puisqu'elle ravit à Nogaro, siège du 61 District, le tribunal.Au début de l'année 1790,
Beaumarchès réclame le siège du canton,invoquant non seulement son passé prestigieux de bastide
royale et la qualité de ses équipements urbains, mais aussi la modestie de Plaisance: " elle venait de
dépendre d'une petite ville qui venait de naître et qui n'avait pas de justice royale ". Ses revendications
sont satisfaites, puisqu'un second découpage d'août 1790, la hisse au rang de chef-lieu de canton,
dominant un ensemble de communes de coteaux situées entre Arros et Midour. Plaisance, elle, est le
centre d'un vaste canton de plaine s'étirant de Termes d'Armagnac à Armentieux.
La création des arrondissements sous le Consulat s'accompagne d'une réorganisation des cantons.
Plaisance est fortifiée dans ses fonctions administratives, tandis que Beaumarchès perd le siège de
canton pour dépendre définitivement de Plaisance. Le XIXe siècle voit donc la revanche de la bastide
des comtes d'Armagnac sur celle d'Eustache de Beaumarchès, qui déchue de ses fonctions de cheflieu
de canton et connaissant une dépopulation rapide, est reléguée au rang de gros village.
Dominant administrativement une bastide qui a perdu son statut de place centrale de l'ouest gersois et
qui se trouvait à ses portes, Plaisance peut dès lors renforcer son pouvoir de commandement sur la
basse vallée de l'Arros. Une délibération communale de 1839 montre comment un bourg-marché au
XIXe siècle fonctionne comme un véritable " centre ", dominant les Communes périphériques du
canton. Revendiquant le tracé du chemin de grande communication de Plaisance à Vic-Fezensac par
Couloumé-Mondébat, Lupiac et Belmont, contesté par Beaumarchès, les édiles plaisantins déclarent :
" Ces communes n'ont ni ne peuvent avoir avec Beaumarchès la moindre relation, il n'y a dans cette
commune ni établissements publics, ni établissements particuliers qui puissent présenter le moindre
intérêt. Tous leurs rapports sont avec Plaisance. C'est là que se trouvent la justice de paix, le
contrôleur et le percepteur des contributions directes, le receveur de l'enregistrement, les hommes
d'affaires et de commerce et les maisons d'éducation. C'est là qu'existent les marchés et les foires
pour lécoulement de leurs denrées. La commune de Couloumé-Mondébat qui est la plus importante
de ces communes intermédiaires fournit à Plaisance la plus grande partie de ses approvisionnements
de bois de chauffage et de construction, des foins qui lui sont nécessaires et la pierre de taille pour
ses constructions. L'exploitation seule des belles carrières de Mont mériterait à elle seule
l'établissement d'un chemin de grande communication... ".
C'est par la route que le bourg-marché assure sa domination sur l'espace rural environnant. Elle lui
permet, en effet, de tirer des campagnes qu'elle traverse les produits bruts et la main-d'oeuvre
nécessaire à ses activités. Invoquant non seulement son passé prestigieux de bastide royale et la
qualité de ses équipements urbains, mais aussi la modestie de Plaisance : " elle venait de dépendre
d'une petite ville qui venait de naître et qui n'avait pas de justice royale ". Ses revendications sont
satisfaites, puisqu'un second découpage d'août 1790, la hisse au rang de chef-lieu de canton,
dominant un ensemble de communes de coteaux situées entre Arros et Midour. Plaisance, elle, est le
centre d'un vaste canton de plaine s'étirant de Termes d'Armagnac à Armentieux.
Le tribunal du 6e district, installé en 1790 dans l'ancien hôpital de la ville, fortifie, à la fin du XVIII,
siècle les fonctions de Plaisance. Il disparaît en l'An VII, mais laisse dans la petite ville qui se déclarait
" si fertile en hommes de loi " sa marque dans l'urbanisme : une quinzaine d'élégantes maisons de
maîtres de l'extrême fin du XVIII, siècle.
Traditionnellement tournées vers la montagne, les communes de la plaine du canton de Plaisance,
comme de nombreuses autres de la vallée, réclament à maintes reprises leur rattachement aux
Hautes Pyrénées. Sous le Second Empire, Plaisance en pleine période d'euphorie économique,
grisée par son expansion prétend même au rang de sous-préfecture, mais sans succès. L'installation
de Bernard-Adolphe Granier de Cassagnac à la mairie de Plaisance en 1865, signe la remarquable
réussite du bourg dans la première moitié du XIX, siècle qui devient alors, non seulement une petite
capitale politique -celle du bonapartisme gersois- mais aussi avec la construction de deux nouveaux
moulins -les minoteries Cassagnac- la ville des minotiers.
3) - Une bourgeoisie dynamique, soucieuse du développement commercial du bourg
Les municipalités de Plaisance ont su tout au long du XIX, siècle soutenir et stimuler la croissance du
bourg-marché, réclamant avec insistance l'ouverture de nouvelles routes, la création d'un marché
hebdomadaire et de foires nouvelles, construisant aussi les équipements nécessaires au
développement commercial de la cité : foirail, places et pont de pierre.
Mais ce sont les édiles de la première moitié du XIX, siècle et notamment ceux de la Monarchie de
Juillet, qui mettent en place les grands aménagements urbains dans lesquels s'épanouira le bourgmarché
du Second Empire et du début de la 3e République. Ce sont souvent les descendants des
vieilles familles plaisantines qui ont occupé sous l'Ancien Régime les charges de consuls de la
bastide. Certains même, comme H. Saint-Pierre Lesperet, A. Magenc ont appartenu aux élites
gersoises de la Révolution et de l'Empire, d'autres comme les Lanafoërt en sont les héritiers.
Les frères Lanafoërt, Louis et Joseph Louis ont été les maires bâtisseurs du Plaisance du XIX, siècle.
On doit surtout au second, premier magistrat de la cité de 1821 à 1842, les équipements suivants : " la
route départementale de Plaisance à Maubourguet, le champ defoire, les promenades sur le bord de
la rivière, le pont sur l'Arros, la place Nouvelle, les grands chemins de grande communication de
Plaisance à Viella et de Vic Fezensac à Plaisance, la fontaine publique, les approvisionnements en
matériaux et les fonds déposés à la caisse communale pour la reconstruction de l'église ". C'est
toujours sous son mandat de maire, que le conseil municipal applaudit au projet du canal Galabert qui
doit faire de leur cité un important port fluvial sur le complexe Adour-Arros canalisé. Les quelques
lignes qu'il écrit à son sujet en 1841, à l'aube de la Révolution Industrielle, témoignent non seulement
de son dynamisme mais aussi de sa clairvoyance économique : "considérant que le pays que
traversera ce canal languit misérablement, tandis que les autres parties de la France jouissent de la
plus grande prospérité par les chemins de fer et les canaux nombreux dont le gouvernement les a
dotées, que cependant ce pays malheureux avait un besoin plus urgent de voies rapides de grandes
communications à raison de son éloignement des cités populeuses et de grandes cités de
commerce...".
En 1843, Dominique Vincent souligne en ces termes le dynamisme des édiles locaux, toujours à la
recherche d'équipements de transports: " Plaisance attend avec impatience la réalisation de plusieurs
projets qui ne s'accompliront peut être jamais, la canalisation de l'Arros, dont une fois de plus il a été
question, ou le canal des Pyrénées qui, faisant d'elle un espèce d'entrepôt assurerait à sa prospérité
un avenir brillant; enfin une route royale et un pont de pierre sur l' Arros qui activerait la circulation en
la rendant plus facile. Placée au centre de plusieurs villes, elle communique avec elles par des routes
nombreuses et régulières: il vient encore de s'ouvrir une nouvelle voie de communication que nous
devons en partie au zèle et au persévérans efforts d'un magistrat éclairé, M. Lanafoërt... "
4) - Des campagnes prospères.
Le désenclavement de la région, évoqué précédemment, est à l'origine de la prospérité des
campagnes de la basse vallée de l'Arros de la fin du XVIII, au début de la IIIe République.
Dès la fin du XVIII, siècle, la grande route des Pyrénées transforme la Rivière-Basse en grenier et
chai de la montagne toute proche. Les flux commerciaux entre les pays de la basse vallée de l'Arros
et la Bigorre sont évoqués dans une pétition des habitants de Ladevèze-Rivière au préfet de Bigorre,
réclamant en 1811 leur rattachement aux HautesPyrénées.
"usages, moeurs, habitudes, commerce, localités tout sollicite cette réunion. Les intérêts des
exposants et de vos administrés ont toujours été et doivent être confondus; nos grains nourrissent et
nos vins abreuvent ce peuple à demi-pasteur dont les bestiaux labourent nos champs, dont les
carrières procurent tous les matériaux nécessaires à la construction de nos habitations, dont les forêts
fournissent tous les bois propres à l'exploitation de nos vins; c'est un usage permanent de leurs fers,
de leurs bois, de leurs bestiaux, de tous leurs produits contre les productions de notre sol. En un mot,
la plaine et la montagne fournissent mutuellement à leurs besoins et l'une ne peut se passer des
ressources de l'autre... ".
A la fin de l'Ancien Régime, la grande route des Pyrénées est à l'origine d'une mutation de l'espace
agricole des plaines de Rivière-Basse. Traditionnellement orientées vers la production des grains,
elles se diversifient par une poussée de la vigne -devenue avec la route, culture commerciale- au
détriment des prairies. L'annuaire départemental de l'An XI, la monographie de Plaisance (1840) de
Dominique Vincent et les pages de J-F Bourdeau concernant les communes du canton de Plaisance
(1861) évoquent abondamment la richesse agricole de cette vaste plaine fertile, drainée par de
nombreux cours d'eau et canaux dont le réseau est densifié encore par le creusement sous le Second
Empire du canal d'irrigation de Cassagnac :
L'annuaire de l'An XI situe Plaisance dans " un pays riche et agréable que l'Arros et le voisinage de
lAdour rendent fertile ". Dominique Vincent insiste aussi sur la fertilité naturelle de la vallée : "
Plaisance est située dans une jolie plaine, mais large seulement d'un myriamètre qu'arrosent les eaux
de l'Arros, de lAdour et de quelques ruisseaux et dont la fertilité est étonnante ".
J-F Bourdeau évoque non seulement les riches potentialités agricoles de la vallée, mais aussi le
caractère particulièrement soigné de son agriculture :
• Saint Aunix : « cette petite commune est fertile et bien cultivée et s'occupe d'élevage et d'engrais des
animaux ».
• Cahuzac : « la commune est citée comme une de celles qui, dans le pays, s'occupent avec le plus
de soin d'agriculture ».
• Galiax : « bonne agriculture, élevage soigné, excellente commune qui a produit au concours
départemental d'Auch en 1860, les spécimens de l'espèce chevaline honorés des premiers prix ».
• Préchac : « c'est un village très bien bâti sur la rive droite de l'Adour et le canal d'Alaric au milieu de
campagnes fertiles, agréables et cultivées avec soin ».
• Tasque : « excellente terre à blé ».
• Plaisance : « la plaine environnante déjà naturellement favorisée sous le rapport de l'agriculture,
verra bientôt s'ouvrir pour ses producteurs une nouvelle source de richesse. Elle va posséder un canal
d'irrigation dont M. Granier de Cassagnac a obtenu la concession
J-F Bourdeau souligne également la qualité des vins rouges des communes de Cannet et de Goux et
l'importance de l'élevage du cheval dans les communes riveraines de l'Adour de Ju-Belloc et de
Tieste.
La richesse des campagnes de la Rivière-Basse de la fin du XVIII, siècle au début de la Ill, République
a laissé sa marque dans le bel habitat rural des villages de la vallée. Le fronton angulé qui couronne
la façade principale des habitations et les très surprenantes baies de forme ogivale qui percent les
murs de certaines granges à arceaux de briques en sont sûrement les symboles décoratifs.
5) - Un bourg-marché, entrepôt des vins et des grains, en expansion
Plaisance appartient par sa taille de bourg-marché de 2000 habitants mais surtout par le petit nombre
de ses foires annuelles et ses marchés bimensuels du lundi à la catégorie des places centrales
secondaires des pays du Moyen-Adour. Mais elle n'en reste pas moins, pendant tout le XIX, siècle, un
important centre du négoce des vins et des grains du piémont pyrénéen. Qualifiée dès l'An XI comme
l'une « des plus commerçantes du pays », elle est pendant la plus grande partie du siècle un entrepôt
des vins et des céréales pour le Béarn et la Bigorre. Le commerce des vins et eaux-de-vie, très
important dans la première moitié du siècle est supplanté par le négoce des céréales après la crise de
l'oïdium (1852). Ce dernier a fortement marqué l'urbanisme plaisantin à partir de 1840, puisqu'il est
non seulement à l'origine de l'édification de la vaste place aux Grains, mais aussi du renforcement de
l'activité minotière avec la construction à la fin du Second Empire des deux nouvelles minoteries
Cassagnac. Au début de la Ille République, la gare de Castelnau est le débouché des quatre
minoteries du bourg dont les produits se répandent dans les quatre départements limitrophes. Le
négoce des vins anime encore le bourg-marché pendant toute la seconde moitié du XIXe siècle. On
voit même sous la Ille République, les Beustes, gros marchands de vins, quitter la vieille ville pour
établir leur habitation, magasin et vaste cave dans le nouveau faubourg, à deux pas de la place
nouvelle, centre du négoce des denrées agricoles. Trois nouveaux tonneliers s'implantent d'ailleurs à
Plaisance entre 1856 et 1881 et quatre sont encore en activité dans les faubourgs de la ville en 1882.
Mais les minotiers, considérés dès le début de la Ille République comme les « industriels » du bourg,
tiennent dès lors le haut du pavé. Le commerce du bétail se développe pendant tout le siècle. Une
foire aux boeufs gras pour la Toussaint existe déjà sous la Restauration. Les agrandissements
successifs du foirail en 1831, 1855 et 1883, établi sous le Premier Empire sur les bords de la rivière
mais aussi l'implantation dans le bourg d'un « conducteur de corné » (1845), de marchands de
bestiaux, et d'un éleveur de chevaux (1868) témoignent d'un négoce en expansion.
La croissance du bourg-marché tout au long du XIX, siècle se traduit par :
• L’importance des aménagements de places à vocation commerciale et leurs agrandissements
successifs;
• L’implantation à Plaisance entre 1849 et 1872 de six nouveaux sabotiers;
• l'installation à la fin du Second Empire et sous la Ille République d'hommes d'affaires et d'une
banque ( le Crédit Foncier français) assurant l'encadrement financier du négoce, ce qui témoigne de
l'importance des affaires traitées.
Les foires et marchés atteignent leur apogée dans les années 1880. On cherche, en effet, à agrandir
encore et le foirail et la place Nouvelle devenus trop exigus. La municipalité projette même l'édification
d'une vaste place au coeur de la vieille ville. Les remises apparaissent en grand nombre à partir de
1875 pour pallier les inconvénients des embouteillages des rues et places par les chars, charrettes et
voitures les jours de marchés et de foires. C'est vers 1880, que les activités du négoce font l'objet
d'une distribution spatiale rigoureuse à l'intérieur du centre ville : « sur la place Nouvelle : le négoce
des vins et des céréales; sur la place Vieille : les marchands forains et le marché aux légumes; sur la
place Saint Marsault (ou du Pont) : la vente de la volaille, du gibier et des oeufs, rue de la Mairie les
oies, les oisons et les petits canards; aux Allées ( au bout du pont) le marché au bois de chauffage; au
foirail : veaux, gros bétail, chevaux, juments, mulets, ânes, porcs, porcelets, brebis, moutons ».
L'aspect ludique des foires s'affirme très nettement dès le début de la IIIe République. Apparaissent
alors un jeu de quilles, une salle de danse et même un billard, ce qui témoigne de la fréquentation
grandissante des foires et marchée de Plaisance par la jeunesse des villages de Rivière-Basse.
6) - Un tissu artisanal et industriel renforcé
Le bourg-marché, centre des échanges des productions agricoles, est aussi un lieu de fabrications
artisanales et industrielles. Nous avons vu précédemment comment l'immigration au XIX siècle a
renforcé le tissu artisanal plaisantin qui reste d'ailleurs très puissant jusqu'aux années 1880. Le
négoce, né de la route, induit des activités de productions artisanales et industrielles. Le commerce
des grains, par exemple, si important à partir de la Monarchie de Juillet, a non seulement fortifié
l'activité industrielle par l'agrandissement des vieux moulins à eau et par la construction de deux
nouvelles minoteries, mais il a renforcé aussi dans le bourg la représentation de certains métiers
(garçons meuniers, grainetiers, rouliers, charrons, carrossiers) et induit de nouvelles professions
(architecte et charpentiers d'usines, rhabilleurs et piqueteurs de meules). De plus, la construction des
moulins et de la place aux Grains a attiré de nombreux professionnels du bâtiment de la région.
Comme beaucoup de bourgs-marchés de la Gascogne, Plaisance demeure jusqu'à la Belle Epoque
une pépinière d'artisans. C'est le long de l'Arros et des deux canaux de la commune que se
développent au cours du siècle les petites entreprises industrielles contribuant à la prospérité de
Plaisance au XIX' siècle. L'activité du cuir, si florissante dans la bastide sous l'Ancien Régime perdure
pendant tout le XIX siècle, par la création en 1849 et l'agrandissement en 1883 de la grande tannerie
Verdier-Pomiro sise sur les bords de l'Arros, dans le quartier des Péjous.
L'industrie textile se présente sous deux formes - le travail à domicile des nombreux artisans des
faubourgs mais aussi dans le cadre d'une carderie-filature créée sous le Second Empire dans le vieux
foulon, construit au début du siècle par Henri Saint-Pierre Lesperet sur le canal d'amenée du moulin
de l'abbaye de la Case-Dieu. Une industrie teinturière s'y greffe à la même époque. Comme nous
l'avons vu précédemment, c'est à partir de 1863 que l'activité minotière se renforce par la construction
des moulins Cassagnac et par les agrandissements des moulins du Tilhet et Rosapelly. Deux scieries
s'implantent sur les deux canaux de la ville au début de la IIIe République. Les premières batteuses
(fixes) utilisant chutes de bois et copeaux s'y intègrent peu de temps après. En 1893, Léonce
Rosapelly, au retour de l'Exposition Universelle, crée l'une des toutes premières usines électriques de
la Gascogne en équipant la carderiefilature de la dynamo de Gramme. Mais cette création intervient
dans un bourg certes électrifié très tôt, mais déjà en crise.
La petite industrie plaisantine du XIX' siècle prolonge les activités artisanales de Plaisance de l'Ancien
Régime, tout en renforçant -surtout à partir de 1850- certaines d'entre elles (les minoteries) ou en les
restructurant en unités de production plus importantes (la tannerie, la carderie-filature). Cette
industrialisation est l'oeuvre des notables du bourg (H.Saint-Pierre Lesperet, les Rosapelly, les Verdier
et J. Castagnon) ou du canton (B-A de Cassagnac, les Matayron), tous gros propriétaires terriens qui,
par leurs activités de transformation des produits du sol, ont su capter non seulement l'expansion
agricole de la Rivière-Basse mais aussi la croissance commerciale du bourg-marché, tout en stimulant
celle-ci. Les créations industrielles sont parfois financées par les activités du négoce. Les Rosapelly, «
industriels » de Plaisance dans le dernier tiers du XIXe siècle, sont avant 1864 de gros marchands de
vins. Ils le demeurent jusqu'en 1882, mais diversifiant leurs activités par les achats des entreprises
Saint-Pierre et par les nouveautés qu'ils y greffent, ils deviennent alors de la fin du Second Empire à
la Belle Epoque : minotier, patron d'une carderie, marchand de bois, entrepreneur agricole et directeur
d'une des toutes premières usines électriques de la Gascogne. Figures de proue du petit groupe des
industriels plaisantins, les Rosapelly révèlent par leurs multiples activités le dynamisme et le goût de
l'innovation (électrification du bourg dès 1893 !) de la bourgeoisie plaisantine qui a su exploiter le
potentiel industriel d'un bourg de 2000 habitants en le dotant d'un dizaine de petites entreprises mues
par la seule force motrice disponible de Rivière-Basse : l'eau. Ces « industriels » plaisantins perçus
comme tels par la population locale, de mentalité sûrement plus bigourdane que gersoise ont
contribué par leur dynamisme à prolonger tardivement dans le XIX siècle la croissance de la petite
ville
7) - Une croissance économique mais aussi un développement du niveau de vie
Le journaliste Dominique Vincent écrit au sujet de la société plaisantine de la Monarchie de Juillet : «
elle ne possède point de fortune colossale mais l'aisance règne parmi ses habitants ».
Le développement du niveau de vie moyen des Plaisantins au cours du XIX, siècle est perçu grâce
aux indicateurs suivants :
a) Une amélioration de l'habitat : on reconstruit beaucoup de vieilles maisons du noyau urbain
ancien dans la première moitié du XIX, siècle. Cette transformation de l'habitat est évoquée parD.
Vincent quand il écrit : « Plaisance remplace par des maisons commodes et élégantes les informes
masures qui déparaient ses rues et ses places ».
b) Les progrès de l'hygiène sont les résultats des préoccupations de salubrité des édiles locaux,
s'efforçant d'éradiquer tout foyer pestilentiel à l'intérieur de la cité, de garantir à la population la qualité
de l'eau potable par des aménagements de puits. En 1839, les premiers bains publics de la ville ou «
Bains Ducos » ouvrent leurs portes sur les bords de la rivière. Des lavoirs sont aussi aménagés
le long de l'Arros et des canaux.
c) Une amélioration de la protection médicale : les professions de santé sont plus nombreuses. Le
Bureau de Bienfaisance avec son « médecin des pauvres » assure une médecine gratuite pour les
plus défavorisés pendant tout le XIXe siècle.
d) Le développement de l'instruction : Il se traduit dans le première moitié du XIX, siècle par la
transformation en 1832, de l'école communale des garçons en école d'enseignement mutuel, ce qui
permet de scolariser à moindre frais une population scolaire en augmentation constante du fait de la
forte expansion démographique du bourg ; l'apparition de petites écoles ou pensionnats privés de
garçons : petite école rurale ouverte en 1842 dans une grange de la ferme Barbasson par J. Duffau
cours de latin tenu par Maurice Rosapelly dans son domicile entre 1811 et 1845 ; le développement
de l'instruction des filles : quatre-vingt élèves de la commune mais aussi du canton fréquentent sous
la Monarchie de Juillet deux petites écoles privées et un pensionnat pour demoiselles ouvert en 1834
par mademoiselle Dulin de Galiax ; La création d'un cours secondaire en 1846 : il ouvre ses portes
dans l'aile nord du vieil hôpital qui abrite dans sa partie centrale l'école primaire des garçons. Dirigé
successivement par monsieur Labrousse et l'abbé Labadens, il est fréquenté sous le Second Empire
par le jeune Cazauran, futur prêtre érudit de la Gascogne gersoise.
A partir de 1865 et jusqu'aux lois Jules Ferry, les frères de la Doctrine chrétienne installés par B.A
Granier de Cassagnac dans le vieil hôpital de la ville, ont le monopole de l'enseignement primaire et
secondaire des garçons. La petite école communale des filles doit affronter la concurrence du
pensionnat du Tiers Ordre de Marie, construit dans le nouveau faubourg au début de la IIIe
République. Ajoutons-y la création en 1887 d'un cours complémentaire à l'Ecole communale laïque
des garçons qui prolonge la tradition du cours secondaire apparue dans la première moitié du siècle.
Les progrès de l'instruction mais aussi l'ouverture du bourg et de la région expliquent le
développement de l'usage du français au détriment de l'occitan. Dominique Vincent écrit en 1843 à ce
sujet : « il n'y a pas longtemps encore l'usage de la langue française semblait réservé à une certaine
classe de gens, mais depuis lors, le goût de l'instruction s'est répandu, et maintenant il n'est pas
jusqu'au plus petit épicier qui ne cherche à oublier son patois et placer son fils au collège... ».
e) Le développement des loisirs se manifeste par la création dans la première moitié du siècle de
promenades publiques, l'existence dès 1862 d'un comité des fêtes, la construction sous le Second
Empire des premières arènes de bois et l'affectation, toujours à la même époque, de la salle de la
mairie à divers spectacles. Nous avons évoqué précédemment l'ouverture d'un billard (1868), d'un jeu
de quilles (1875) et d'une salle de danse (1878).
f) Des nouveautés, des raffinements : le chef-lieu du canton où apparaissent professions et
techniques nouvelles devient un espace de modernité et une vitrine de la mode pour les populations
des campagnes de la basse vallée de l'Arros et des coteaux. Ces nouveautés s'égrènent tout au long
du siècle. un faïencier (1787-1911), un marchand quincaillier (An XIII), un horloger (1824), un
architecte (1826), un pâtissier (1830), un artiste-vétérinaire (1834), un coiffeur (qui n'est plus appelé
perruquier), et une marchande de casquettes (1858), un dentiste (1860), une marchande de mode
(1863), un décrotteur (cireur de bottes, 1869), un professeur de musique (1871), une bibliothèque
municipale (1891). Le premier train arrive en 1859 à six kilomètres du bourg, le télégraphe apparaît en
1869, les premières batteuses vers 1875. Le bourg est électrifié dès 1893.
Le clou de la fête locale de 1862 est l'aérostat de Monsieur Godard ! La route qui véhicule et la
prospérité et les innovations, est bien à l'origine d'une transformation progressive du mode de vie des
Plaisantins.
B. - LES ÉTAPES DE L'ÉVOLUTION URBAINE
Le quasi-doublement de la population plaisantine entre 1791 et 1886 (de 1105 à 2103 habitants) se
traduit sur le plan topographique par une expansion proportionnée. Guidée par les étapes de la
construction des nouvelles routes, la croissance urbaine se fait en deux phases et en deux directions :
1 - FIN XVIIIE - 1836 : LA NAISSANCE DE LA « BASTIDE-ROUTE » ET LES RÉAMÉNAGEMENTS
DU NOYAU URBAIN ANCIEN
La grande route des Pyrénées (1777-1782) qui traverse le coeur de la bastide remodèle pendant une
cinquantaine d'années l'espace urbain de Plaisance de la fin de l'Ancien Régime. Son passage s'est
accompagné en effet :
1) - D'une extension et d'une restructuration du faubourg Sainte Quitterie
La confrontation des plans de la commune de l'An XI et de 1826 révèle que c'est la portion de la route
des Pyrénées traversant le vieux faubourg de la bastide qui capte le gros de la croissance urbaine
dans le premier quart du XIX' siècle. Ici, dans ce « barry » déjà très peuplé à la fin de l'Ancien Régime,
la construction de la nouvelle route a posé des problèmes aux consuls de la ville, puisque sur son
tracé rectiligne se trouvaient des bâtiments qu'il a fallu démolir. Les nouvelles maisons s'établissent
pendant cinquante ans le long du nouvel axe routier, parfois loin au sud, dans le nouveau quartier de
Rapine apparu dès la fin du XVIII, siècle. On assiste donc, non seulement à une extension
topographique du faubourg Sainte Quitterie le long de la grande route mais aussi à sa restructuration
autour de celle-ci. La densification des constructions est également à l'origine de l'essor du quartier
des Paouets à l'ouest du « barry ». Des maisons sont construites aussi dans le faubourg débat de la
bastide jusqu'alors peu peuplé, mais aussi sur la rive droite de l'Arros, le long de la route des
Pyrénées, ici haussée à cause des inondations, qui devient, dès 1788, l'Allée des Ormeaux.
2) - De l'ouverture du bourg à la circulation et au commerce
Sur la plan de l'An XI, le coeur de la bastide, très exigu, apparaît comme éventré par le passage de la
grande route. Obstacle à la circulation, la vieille halle de la bastide, édifice multifonctionnel et
construction fermée, qui se trouvait au centre de la vieille place, est détruite entre 1793 et 1804. Les
portes de la ville, elles aussi en mauvais état, sont abattues vers 1782. Le bourg s'ouvre à la
circulation et au commerce. Un foirail est créé en 1811 « au bout du pont » tandis qu'une halle au blé
est aménagée en 1818 dans la vieille chapelle Saint Nicolas qui s'élevait sur la place donnant sur la
rivière. Une petite place aux légumes voit le jour à la même époque au sud de la maison Pandellé.
Pour financer la reconstruction du petit pont de bois, maintes fois détruit par les violentes inondations
de l'Arros -donc élément fragile de la circulation la municipalité établit en 1823 un poste d'octroi à
l'entrée de la ville. Les pavés des rues sont refaits et les routes régulièrement gravelées. Le bourg qui
s'ouvre, s'aère correspond aussi aux impératifs de salubrité publique des édiles locaux.
3) - D'un enrichissement du bourg qui s'embellit
En 1818, la reconstruction de l'hôtel de ville qui «fait l'admiration des étrangers » est achevée. Dès
1826, on envisage aussi d'agrandir l'antique église Sainte Quitterie, devenue trop petite du fait de
l'augmentation importante de la population plaisantine dans le premier quart du XIX, siècle. Lors des
offices, une grande partie des fidèles, ne pouvant trouver de place dans la nef de l'église devenue trop
exiguë, reste sous le porche. Les « masures informes », c'est à dire les anciennes maisons à pans de
bois, sont reconstruites du fait de l'enrichissement de la population. « La bastide des Palhassôts»
devient peu à peu une ville de pierre.
4) - D'une disproportion de l'agglomération et de la disparition progressive du paysage urbain
ancien
Sur le plan de 1826, le nouvel espace urbain modelé par la grande route présente les trois caractères
suivants :
• Un étirement de l'agglomération du Nord au Sud sur plus d'un kilomètre et demi
• La disproportion entre la bastide très étriquée (superficie de 2,5ha) et le faubourg Sainte Quitterie
immense qui s'étend le long de la route
• L’effacement progressif du paysage ancien de la bastide avec la destruction des portes, de la halle,
de l'église Saint Nicolas et des maisons à pans de bois.
La grande route des Pyrénées a bien transformé dans le premier tiers du XIXe siècle Plaisance en «
bastide-route ».
2 - 1837-1875 : LA NAISSANCE DU FAUBOURG DE LA « GRAND RUE » ET DE L'ÉGLISE ET
LES RÉAMÉNAGEMENTS DE LA VIEILLE BASTIDE
« Puissent le mouvement de sa population et le développement de son commerce féconder ce désir
d'agrandissement qui la tourmente » écrit Dominique Vincent en 1843.
1) - Le nouveau faubourg
De 1837 à 1875, durant quarante ans, Plaisance devient un énorme chantier : on y construit, en effet,
un monumental pont de pierre, on y édifie un vaste faubourg qui se structure autour d'une nouvelle
place à arcades et d'une vaste église, toute neuve, on y creuse un canal d'irrigation qui alimente deux
minoteries modernes ! Mais on continue toujours à réaménager la vieille ville.
a) - Les promoteurs
Le nouveau quartier en construction à partir de 1837 dans la zone des jardins et prés dite « à Mounat
», à l'ouest du noyau urbain ancien, n'est pas né d'un plan préconçu. Il est le résultat d'un urbanisme
pragmatique fait d'aménagements successifs, créés au gré des éventuelles possibilités d'achats de
terrains à allotir, du coût des équipements à construire et qui prennent jour souvent après bien des
tergiversations des édiles locaux. Ce sont les municipalités qui guident, stimulent l'extension urbaine
de la petite cité, achetant les terrains nécessaires à l'extension du bourg, lotissant les nouveaux
espaces à occuper. Mais les conseillers municipaux ont souvent trouvé un écho favorable auprès
des particuliers qui offrent parfois gratuitement -ou à des conditions avantageuses de paiement- les
terrains nécessaires à l'extension projetée.
Certains habitants du lieu ont, par leurs initiatives, favoriser la croissance urbaine de leur cité. De
1854 à 1865, la veuve Ducuing née SaintPierre Lesperet transforme les terres agricoles de sa
métairie de Lalanne, proches de la nouvelle place aux Grains, en lotissement populaire. Elle y édifie
pendant une dizaine d'années vingt cinq maisons, toutes identiques, ressemblant à un petit « coron
artisanal » qu'elle loue aux artisans nouvellement implantés dans le bourg.
b) - Les mobiles
Trois impératifs présidèrent à la construction du faubourg :
? La nouvelle extension Est-Ouest de la cité casse l'étirement NordSud de l'agglomération le
long de la grande Route des Pyrénées et rééquilibre ainsi l'espace urbain ;
? le quartier créé, plus citadin par son organisation de l'espace et ses équipements que le
faubourg Sainte Quitterie, double la vieille bastide, contribuant à renforcer le « centre-ville » et
donner à Plaisance un visage plus urbain ;
? il renferme aussi le grand équipement commercial de la cité de la Monarchie de Juillet : la
place aux Grains. Il est conçu pour la circulation et le commerce d'un bourg-marché en pleine
expansion vers 1850.
2) - Les étapes de l'urbanisation du faubourg (1837-1875)
L'urbanisation du quartier créé dure une trentaine d'années (18431875) et se fait en plusieurs étapes.
Alors que la route de Préchac, axe de la nouvelle expansion urbaine, est percée dès 1837, les
premières constructions n'apparaissent qu'en 1843. Ces six ans de battement font dire à Dominique
Vincent : « On a commencé naguère la construction d'une nouvelle place qui sera peut-être
longtemps déserte ». Mais, à partir de 1843, l'occupation du faubourg s'affirme, lentement toutefois,
jusqu'en 1853. Durant cette décennie, il n'accueille qu'une vingtaine de constructions dont les dix
premières sont édifiées en majorité par des professionnels du bâtiment, devenus premiers
propriétaires du nouveau quartier. De 1854 à 1864, le mouvement s'accélère puisqu'on y construit une
cinquantaine de maisons. L'édification au coeur du quartier de la nouvelle église dont les travaux
débutent en 1854 mais aussi l'opération immobilière de la veuve Ducuing qui voit le jour aussi à cette
date contribuent au succès de l'opération urbaine.
Dès 1861, le faubourg de l'église bien qu'encore inachevée est bien dessiné. F.J. Bourdeau l'évoque
ainsi en 1861 : « On y remarque une nouvelle église paroissiale, en construction, en ce moment la
place aux Grains avec ses maisons latérales et parallèles et leurs longues galeries à arceaux
continus, terminée à l'est par le nouveau monument religieux »
L'urbanisation se prolonge encore pendant une décennie jusqu'en 1874, mais à un rythme ralenti :
trente quatre constructions y sont édifiées. Mais on reconstruit et on agrandit les maisons existantes,
ce qui témoigne de la réussite de l'opération urbaine mise en place sous la Monarchie de Juillet et de
l'enrichissement rapide de beaucoup d'habitants du quartier. A partir de 1875, le mouvement se tarit
car la croissance démographique trop faible ne le soutient plus.
3) - la voirie
Le nouveau quartier de forme trapézoïdale et de direction générale est-ouest couvre une superficie de
10 hectares, soit environ quatre fois et demi celle du noyau ancien. Greffé sur le chemin de grande
communication de Plaisance à Conchez par Viella, ouvert en 1837, le nouvel espace urbain s'étire le
long de la route de Préchac, dont la portion urbanisée dans le faubourg devient très vite la rue Adour
ou Grand Rue. Axe de la nouvelle expansion urbaine mais aussi trait d'union entre la Place Vieille et
la Place Nouvelle, elle devient dès le début de la III, République, l'une des rues les plus animées de la
cité. Le nouveau quartier reprend l'aspect régulier du plan de la bastide vieille.
Son tracé s'organise le long de trois longitudinales de direction EstOuest : route de Préchac ou rue
Adour au Nord, rue Saint Nicolas au centre qui constitue l'axe de symétrie, vieille route de Castelnau
au sud ou rue de la fontaine. Elles débouchent, toutes trois, à l'ouest sur le nouveau chemin de
grande communication, ouvert en 1852, qui file droit sur Belloc, appelé aussi route de Barbat. Celle-ci
constitue la limite occidentale du nouveau quartier. Quatre transversales les recoupent
orthogonalement délimitant huit îlots bâtis, le plus souvent de forme rectangulaire mais de dimensions
différentes. La forme trapézoïdale des îlots occidentaux est due au tracé oblique de la route de Barbat
de direction Nord-Ouest Sud-Est. L'îlot central se subdivise en deux sous-espaces. L'un compris entre
la rue Adour et la rue Saint Nicolas, le premier aménagé, renferme la place aux Grains. L'autre qui
s'étend au sud de ce dernier est occupé par l'église et un vaste « patus ». Par son tracé, le nouveau
faubourg rappelle les bastides de structures linéaires conçues pour la circulation. Le plan du nouveau
quartier rappelle en plus aéré, plus spacieux celui du noyau ancien.
4) - La place aux Grains ou place Nouvelle
Edifiée entre 1843 et 1849, la place aux Grains couvre une étendue d'environ 20 ares et demi, soit
une fois et demi la vieille place. Elle est encadrée à l'est et à l'ouest par deux îlots de maisons bâtis
sur arcades très régulières de pierre. Elle est née du projet commercial de la municipalité de la
Monarchie de Juillet qui recherche un vaste espace pour y ériger une grande halle aux grains. Dès
1834, les carrières de Mondébat et de Croute fournissent la pierre nécessaire à la construction de
l'édifice. Mais, ce premier projet, jugé trop onéreux, est abandonné et est remplacé en 1842 par un
nouveau plan de coût plus modique, permettant d'associer à la fois les objectifs commerciaux et
d'urbanisation d'un bourg-marché en plein expansion. Il abandonne, en effet, le projet de la
construction d'une vaste halle aux grains et réduit les dimensions de la place. L'espace restant est
alloti, vendu mais aussi concédé en partie gratuitement aux nouveaux propriétaires qui s'engagent à
construire selon un plan donné : des maisons à arceaux. Les longues galeries latérales édifiées qui
occupent les parties des lots concédés gratuitement deviennent un espace public destiné au marché
aux céréales. La municipalité a ainsi économisé les frais occasionnés par l'édification d'une vaste
halle aux grains, tout en favorisant l'occupation de la nouvelle place par les conditions d'installation
avantageuses offertes aux nouveaux propriétaires. La place aux Grains, par son aspect monumental,
contribue aussi à l'embellissement de la cité. Elle prend très vite le nom de place Nouvelle pour la
distinguer de la place Vieille du noyau urbain ancien dont elle a repris l'architecture à arceaux.
Au début de la IIIe République, elle devient trop exiguë vu la fréquentation toujours grandissante des
foires et marchés de Plaisance. La municipalité envisage alors, en 1883, son agrandissement et
même de parfaire son architecture en prolongeant vers le sud, par la construction de nouvelles
maisons à arcades, ses deux galeries latérales qui devaient constituer un écrin de pierre à l'église
toute neuve. Ce projet monumental trop tardif ne voit pas le jour, du fait de la crise du bourg à la Belle
Epoque.
5) - La construction de la nouvelle église (1854-1868)
C'est en 1837 que la municipalité abandonne le projet de l'agrandissement de l'église Sainte Quitterie
pour la construction d'une église nouvelle. Les raisons invoquées sont non seulement la petitesse de
la vieille église, incapable de contenir la foule de fidèles de plus en plus nombreuse, du fait de la forte
croissance de la population de Plaisance, mais aussi son état de délabrement et sa modestie
architecturale, indigne d'une bourgade en plein essor qui prend chaque jour davantage le visage d'une
petite ville. Mais ce projet de construction d'une église nouvelle s'inscrit aussi dans le mouvement de
renouveau catholique qui atteint son apogée sous le Second Empire. A Plaisance, il s'est manifesté
par les cérémonies grandioses données en l'honneur de la translation des reliques de Saint Clément
en 1847 et par la volonté bien affirmée des notables du bourg de rétablir la religion. En 1837, les
membres du conseil de fabrique pour justifier la construction de la nouvelle église déclarent
expressément : « une société ne peut exister sans religion ».
Après dix-sept années de tergiversations, liées non seulement au problème de financement de
l'édifice mais aussi au choix de son emplacement, la première pierre de la nouvelle église est posée
en 1854. Comme sa soeur jumelle de Saint Clar, elle est l'oeuvre de l'architecte diocésain Hyppolite
Duran et de style néogothique. Construite au sud de la nouvelle place, elle parfait l'ensemble
monumental érigé quelques années plus tôt. Les objectifs d'embellissement de la place l'ont emporté
d'ailleurs sur les impératifs liturgiques. Elle est orientée, en effet, vers le sud, son monumental
clocher-porche s'ouvrant au nord sur la place aux Grains. Consacrée en 1862 et dédiée à l'Immaculée
Conception, elle n'est toutefois achevée qu'au tout début de la Ill, République par la construction de la
flèche dont les matériaux ont été retirés de la démolition de Sainte-Quitterie en 1868. De grands
vitraux représentant les litanies de la Vierge décorent les hautes baies de la nef, tandis que les piliers,
épannelés jusqu'en 1890, recevront à cette date une décoration sculptée représentant les notables du
lieu de la Belle Epoque.
La place aux Grains et l'église de l'Immaculée Conception forment un ensemble architectural qui
témoigne non seulement de la vitalité de Plaisance à la moitié du XIX, siècle mais aussi des
préoccupations économiques, religieuses et esthétiques de la bourgeoisie plaisantine de la Monarchie
de Juillet et du Second Empire.
6) - Les minoteries Cassagnac
Le Grand et le Petit moulin sont édifiés respectivement en 1863 et 1864 par Bernard-Adolphe Granier
de Cassagnac sur le canal d'irrigation dont la concession impériale est datée du 7 juillet 1856.
L'inauguration du canal a lieu le « 11 mai 1861 en présence de M. le vicomte de Gauville, préfet du
Gers, et des populations empressées et reconnaissantes ».
Les deux minoteries plaisantines sont les deux seuls investissements industriels du Second Empire
de B-A de Cassagnac qui, de 1850 à 1870, constitue une immense propriété foncière par des achats
successifs de terres dans les trois cantons de Plaisance, Riscle, et de Marciac. Belles constructions
industrielles du Second Empire, elles sont implantées sur un équipement agricole (le canal), dans un
centre important du négoce des céréales du Moyen Adour, dynamisé depuis 1859 par l'ouverture de
la voie ferrée Tarbes-Morcenx. Elles renforcent l'activité minotière de Plaisance à partir de 1865,
contribuant aussi à son expansion commerciale.
Leur création s'accompagne de l'implantation politique de B-A de Cassagnac au chef-lieu de canton,
puisqu'en 1865, le député polémiste du Gers devient maire de Plaisance. La petite capitale du
bonapartisme gersois vient de naître.
7) - La population du faubourg
Le nouveau quartier rassemble une forte proportion de la population immigrée à Plaisance sous le
Second Empire et au début de la III, République.
Sur les soixante familles du faubourg répertoriées dans les matrices mobilières de 1882, 75% ont un
patronyme que l'on ne retrouve pas dans la liste des propriétaires de la commune de 1826. Les
vieilles familles plaisantines ne représentent que le quart de la population totale des habitants du
quartier. Mais ces dernières ont souvent construit dans le faubourg des maisons de rapport -comme la
veuve Ducuing née Saint-Pierre Lesperet- qu'elles ont louées aux familles nouvellement implantées à
Plaisance. Bien que disséminés dans tout le tissu urbain de Plaisance au début de la III, République,
les artisans sont ici, en très forte proportion, constituant 68% des professions du faubourg recensées
dans les matrices de 1882. Les métiers du bâtiment (16 artisans) et des transports (cinq charrons, un
maréchal-ferrant, deux forgerons, deux selliers, trois rouliers) y sont particulièrement nombreux. Ces
derniers qui contribuent à la grande animation du faubourg en constituent aussi la population la plus
pittoresque. Un maréchal-ferrant et un charron tiennent sur la place Nouvelle un cabaret, tandis que
les rouliers aux attelages de mules décorés de pompons rouges s'activent, avec ceux très nombreux
du quartier des Paouets, autour des minoteries et particulièrement les jours de grandes foires.
Les commerces encore peu nombreux dans la rue Adour côtoient de très nombreux ateliers. C'est la
vieille ville qui concentre encore la majorité des magasins et boutiques. Mais très tôt, les aubergistes
et cafetiers se sont implantés autour de la place Nouvelle, coeur de l'activité marchande. Dès 1848, le
charron Saint-Lannes a ouvert un estaminet. Il est rejoint après 1865, une fois la construction de
l'église achevée, par un autre cabaretier, un limonadier et deux cafetiers. Alors que la vieille ville, lieu
de résidence des vieilles familles plaisantines, reste le quartier bourgeois, quelques notables et
fonctionnaires, nouvellement implantés, font construire sur la place mais surtout le long de la rue de la
Gare quelques belles maisons de maître et de petits pavillons. Ils confrontent souvent un habitat
populaire, de petites dimensions où résident artisans et mêmes journaliers.
L'enrichissement de certains boutiquiers ou artisans du nouveau faubourg s'est accompagné, assez
rapidement, d'une amélioration et d'un agrandissement de leur habitation. Comparée à celle du noyau
urbain ancien, la maison type du faubourg est de plus grande dimension, quant à l'emprise du sol. Un
plus grand nombre d'ouvertures en façade, donnant sur des rues plus larges et des jardins à l'arrière,
favorisent un éclairage de meilleure qualité. Mais la brique industrielle qui décore souvent les
encadrements des portes et des fenêtres, l'estampille fortement dans la seconde moitié du XIX, siècle.
L'habitat très hétérogène du faubourg reflète donc les forts contrastes sociaux de Plaisance au XIX,
siècle. La construction de la maison du médecin Labordère en 1887, au nord de la place Nouvelle,
tout en fermant cette dernière, conclut avec une certaine magnificence la croissance urbaine du
Plaisance des notables du XIX, siècle
Il – Mais on continue à réaménager la vieille ville
La construction du faubourg se double sous la Monarchie de Juillet et le Second Empire d'une série
d'aménagements dans la vieille ville. La croissance du bourg-marché à la moitié du siècle amène la
municipalité à transformer le coeur de la vieille ville, qui constitue, par son tissu urbain étriqué et ses
équipements d'un autre âge, un goulot d'étranglement économique. Le maillon faible du système
d'échanges, le pont de bois, est remplacé définitivement en 1847 par un robuste pont de pierre à trois
arches. On réaménage la place du Pont : on l'agrandit en rasant la petite halle au blé de fortune,
aménagée sous le Premier Empire dans la vieille chapelle Saint-Nicolas ; on empierre aussi l'abrupt
de la place donnant sur la rivière. La place du Pont devient la place Saint Marsault où va se tenir
pendant longtemps le marché à la volaille. Au « bout du pont », le foirail créé en 1811, agrandi par
trois fois, est protégé des inondations par l'érection en 1831, le long de la rivière, d'une terrasse.
Arborée, aménagée, elle devient dès la Monarchie de Juillet la promenade du tertre, très appréciée
des Plaisantins. Le foirail agrandi accueille en 1862, les premières arènes de bois construites par les
nombreux charpentiers de la ville.
Les bords de rivière deviennent, par ces aménagements, l'espace loisir et détente des Plaisantins qui
s'adonnent aussi au plaisir de la pêche et du canotage. Le bourg vit en symbiose avec l'Arros.
Plaisance est bien une bastide de rivière.
Toujours à la recherche d'espaces marchands pour ses foires et marchés en expansion, la
municipalité envisage en 1887 de créer au coeur de la vieille ville une nouvelle place ou place
l'Esperet par la destruction de deux îlots de maisons et granges situés au nord de la place de la
mairie. Ce projet trop tardif qui allait s'accompagner d'une destruction du parcellaire bâti de la bastide
vieille ne voit pas le jour : la crise du bourg s'amorçait.
Les pages qui précèdent, témoignent de l'affirmation au XIX, siècle de Plaisance comme place
centrale des pays du Moyen Adour. Le dynamisme et la croissance du bourg-marché plaisantin
s'enracinent dans la prospérité des campagnes de Rivière-Basse de la fin du XVIIIe siècle au début
de la Ill, République. Le schéma classique de développement routes = débouchés = croissance
correspond à celui de la basse vallée de l'Arros. L'expansion agricole a pour origine la mise en place
entre 1780 et 1860 d'importants équipements de transports : routes, ponts, voie ferrée.
Particulièrement denses dans la vallée, axe naturel de communications, ils sont à l'origine du
désenclavement des campagnes du Moyen Adour. C'est la grande route de Bordeaux aux Pyrénées
de la fin du XVIII, siècle qui est le levain de l'expansion agricole de ces confins gersois, déjà
bigourdans, fortifiant, en les accélérant, les relations traditionnelles entre la Rivière-Basse et la
montagne très peuplée.
Elle demeure jusqu'à la construction de la voie ferrée Morcenx-Tarbes, l'axe majeur des courants
d'échange basse vallée de l'Arros-Bigorre. Les chemins de grande communication et la voie ferrée
Tarbes-Morcenx mis en place entre 1837 et 1859, tout en renforçant l'axe pyrénéen, élargissent les
débouchés agricoles de la Rivière-Basse (Béarn-Landes) mais aussi les zones d'approvisionnement
de ses marchands.
La basse vallée de l'Arros, dès lors aménagée et ouverte, connaît une mutation de son espace
agricole. Traditionnellement « terre à grains », elle devient « grenier et chai » des départements
limitrophes par la conquête de la vigne dès la fin du XVIIIe siècle. Tournées surtout vers l'espace
bigourdan, certaines communes de la vallée se spécialisent même sous le Second Empire, du fait de
la proximité des haras de Tarbes, dans l'élevage du cheval. Verdoyantes, riches, ouvertes, émaillées
de gros villages bien bâtis, telles sont les campagnes du Moyen Adour, au temps de Napoléon III.
La croissance agricole est à l'origine de l'expansion au XIXe siècle du bourg-marché plaisantin,
toujours à la recherche d'équipements commerciaux et dès lors profondément aménagé. Mais, toutes
deux ont fait éclore, surtout à partir du Second Empire, un tissu industriel de petites entreprises,
greffées sur la rivière et les canaux, qui a contribué à la prospérité de Plaisance. Ses quatre
minoteries, sa carderie-filature, sa tannerie, ses scieries, ses hangars pour la batteuse, son foulon et
son usine électrique sont créés par les éléments les plus dynamiques de la bourgeoisie locale qui ont
su par leurs activités de transformation des produits du sol capter les fruits de la croissance agricole.
Ces petits « capitaines de l'industrie » locale, aux activités multiples mais toutes enracinées dans
l'activité agricole -donc plus « agro-industriels » qu'industriels- ont doté néanmoins leur cité d'une
armature de petites entreprises, en exploitant parfois les nouvelles technologies du siècle, mais
surtout le potentiel de développement économique, offert par sa rivière et ses deux canaux de
dérivation. Une petite industrialisation sur l'eau s'est bien développée à Plaisance dans la seconde
moitié du siècle.
L'expansion urbaine est la manifestation la plus remarquable de la croissance de Plaisance au XIX,
siècle qui, pôle attractif de la vallée, double sa population entre 1790 et 1886. Cette extension
topographique est d'autant plus spectaculaire qu'elle a pour pivot un noyau urbain étriqué du fait des
aléas du passé médiéval de la ville. La vieille bastide n'y a pas résisté. Sous l'effet de la croissance,
elle est éventrée, remodelée, amputée de ses équipements urbains anciens : portes, halle, églises,
maisons à pans de bois. En 1868, l'église Sainte Quitterie, dernier témoignage architectural du long
passé de la cité, disparaît sous les coups de pioche des démolisseurs. La ville perd ainsi, peu à peu,
ses lieux de mémoires. Résolument tournée vers l'avenir et fière de sa réussite, Plaisance en oublie
même ses antiques armoiries, témoins il est vrai d'un passé marqué par bien de vicissitudes. Vers
1883, elle arbore fièrement un nouveau blason « aux deux lions dressés et couronnés », véritable
logo du bourg-marché conquérant du XIXe siècle.
A la fin du Second Empire, véritable âge d'or de la cité -ce qui explique en grande partie
l'enracinement du bonapartisme à Plaisance et dans son canton, tout aussi florissant- une nouvelle
agglomération est née à la suite de plus d'un quart de siècle de chantiers urbains. Modelée par les
routes créées à la fin du XVIIIe siècle et sous la Monarchie de Juillet, elle connaît alors deux grandes
phases d'expansion urbaine.
A la première spontanée, qui s'est faite entre 1785 et 1837, le long de la grande route des Pyrénées,
donnant naissance à une agglomération très étirée du nord au sud, « la bastide-route », a succédé à
partir de 1840, une seconde phase de croissance est-ouest, plus maîtrisée, à l'origine d'un nouveau
quartier : le faubourg de la grand-rue et de l'église. Edifié sur l'emplacement de la grande bastide
abandonné après les destructions de 1355 par le Prince Noir, le nouvel ensemble urbain est la
réplique du noyau ancien (plan géométrique, place à arcades) mais il est plus aéré, plus spacieux,
plus monumental. La construction de la vaste église néogothique de H. Duran au sud de la nouvelle
place à arcades parachève un urbanisme de caractère néo-médiéval.
Les règles directrices de l'urbanisme qui ont guidé et modelé la croissance (lignes droites, circulation,
aération) ont permis d'intégrer harmonieusement le nouveau quartier à la vieille ville, d'effacer les
traces topographiques de l'échec de la fondation de 1322 et de donner à Plaisance, dès le Second
Empire, le visage d'une petite ville. Avec la construction du faubourg renaît en quelque sorte la grande
bastide de l'abbé de la Case-Dieu et du comte Jean le, d'Armagnac.
Plaisance, ville aux deux bastides jointes et aux deux armoiries nées à quatre siècles et demi
d'intervalle, de deux phases de croissance agricole des campagnes de Rivière-Basse présente une
originalité urbanistique certaine. Tout autant que sa rétraction au XIV, siècle, sa réurbanisation au XIX,
siècle lui donne une place singulière dans l'histoire des bastides, non seulement gersoises, mais peut
être même du Sud-Ouest de la France.