PLAISANCE, LA VILLE AUX 2 BASTIDES       (télécharger)     


La petite histoire de Plaisance du Gers
Par Alain LAGORS Professeur d'histoire,
membre de la Société Archéologique et historique du Gers, et Plaisantin
Plaisance est l’une des rares bastides de Gascogne qui s’organise autour de deux places à arcades. Cette singularité du paysage de la ville actuelle née de la jonction de deux espaces urbains -l’un médiéval, l’autre du XIXème siècle- témoigne des vicissitudes du passé de Cheflieu
de canton. Nous retiendrons les trois grandes étapes :
1322 : Naissance de la " grande bastide "
Fondée en paréage par Jean 1er, Comte d’Armagnac et l’abbé de la Case-Dieu sur
l’emplacement d’un habitat ancien (Ribaute), en partie déserté au XIIIème siècle, elle portait le
nom de bastide d’Armagnac. C’était un vaste rectangle d’une dizaine d’hectares, englobant la
presque totalité du cercle urbain actuel. Il était délimité par une enceinte près de laquelle le
Comte d’Armagnac avait fait construire un fort beau château. Créée dans une période de
fléchissement démographique, il est fort possible qu’elle ne put remplir son lotissement. Aussi,
après les ravages de 1355 (chevauchée du Prince Noir en Gascogne) et les effroyables
épidémies de peste de la seconde moitié du XIVème siècle, elle disparut entièrement. Cette
bastide « avortée » a néanmoins fixé définitivement le site de la bourgade sur la rive concave
d’un méandre de l’Arros. Son parcellaire est perceptible dans la zone des jardins, tandis que le
« canal de Cassagnac » emprunte dans son cours inférieur une partie de son fossé.
Fin XIVème – début XVème siècle : La fondation de la "Bastide Contractée"
Un second « bourg neuf », comprenant seulement 8 îlots de maisons et couvrant à peine le
quart de la superficie de la première fondation naît avec la lente reprise du début du XVème
siècle. La modestie de la nouvelle création qui prend alors le nom de PLAISANCE se dévoile à
son exiguïté mais aussi à la modestie de ses monuments. Jusqu’en 1836, cet espace urbain
étriqué, correspondant à l’actuel « quartier de la mairie » fut le centre de la vie municipale et
commerciale.
Bien que construite 50 ans après les dernières bastides, la nouvelle fondation en reprenait les
caractéristiques essentielles : plan géométrique, place à arcades, halle, système défensif, nom
d’origine étrangère. Parce que trop serré dans son enceinte, elle ne pu absorber, de la fin du
XVIIIème siècle à 1836, une population toujours plus nombreuse. Aussi, ses faubourgs situés
au Nord et au Sud s’étendirent démesurément accentuant ainsi sa petitesse. L’expansion
démographique et commerciale de la fin du XVIIIème siècle est liée aux nouvelles fonctions
administratives (chef-lieu de canton) et judiciaire (siège du tribunal du 6è district) de Plaisance
sous la Révolution. L’enrichissement de cette période a laissé ses traces dans l’architecture
civile : la quinzaine de belles maisons de maître de la vieille ville, construites dans les dernières
décennies du « siècle des lumières », ont été les demeures de ces hommes de loi et nombreux
à Plaisance pendant la période révolutionnaire.
1836 – 1862 : Création de la bastide du XIXème siècle
C’est en 1836 que fut percée, à l’ouest de la ville, la route de Préchac, axe du nouveau
peuplement.
Une croissance démographique sans précédent, née d’un extraordinaire essor commercial
consécutif à la création d’un carrefour routier, va être à l’origine d’une véritable renaissance
urbaine se traduisant par l’édification du vaste quartier de la « grand’rue » et de la « Place aux
grains ». De 1836 à 1870, Plaisance fut un gigantesque chantier. Deux impératifs présidèrent à
la nouvelle construction : il fallait à tout prix casser l’étirement Nord-Sud de la ville mais aussi
créer un nouvel espace adapté au négoce. Edifié sur l’emplacement déserté après les
destructions de la « grande bastide » en 1355, le nouvel ensemble était la réplique du noyau
ancien mais il était plus aéré, plus monumental. La construction de l’église néo-gothique de
l’immaculée Conception par J.DURAND, architecte de la basilique de Lourdes, au sud de la
nouvelle « place aux grains » parachevait cet urbanisme « néo-médiéval » ! Plaisance, ville aux
deux bastides nées toutes deux du commerce à plus de 3 siècles d’écart, présente un intérêt
urbanistique certain. On comprend les efforts des élus locaux de vouloir, en cette fin du XXème
siècle, sauvegarder cet ensemble unique dans la région.